8 Octobre 1871 -Deasy or not Deasy

 

Avez-vous déjà entendu parler de Deasy ? A mon avis, peu de gens en France connaissent ce nom. Moi le premier, il y a une demi-heure, je ne l’avais jamais entendu.

Eh bien je ne vais pas vous faire patienter plus longtemps, je vais vous donner la réponse sans que vous ayez à la chercher sur internet ou ailleurs.

Deasy est une vache.

Oui, une belle vache de trois ans appartenant à Patrick et Catherine O’Leary demeurant 137 Dekoven street à Chicago dans l’Illinois.

Mais avant de voir pourquoi cette vache est restée célèbre dans l’histoire, parlons un peu des O’Leary, les propriétaires de ce bovidé.

Catherine est née le matin du 1er janvier 1827 dans un petit village d’Irlande. C’est dans ce vert pays qu’elle rencontre son futur époux Patrick O’Leary, de huit ans son ainé. Le couple, catholique convaincu, s’installe dans la ferme familiale des O’Leary dans le comté de Kerry et ont l’existence pauvre et misérable des paysans irlandais. De leur mariage, naissent rapidement trois enfants.

Mais en 1845, débute la grande famine irlandaise. Et c’est de la terre qu’elle est partie, puisque le mildiou a été tenu pour responsable de la catastrophe, agricole au départ. Les O’Leary se serrent la ceinture, mais arrivent néanmoins à survivre, plus ou moins bien.

Jusqu’en 1851, date à laquelle la famille embarque sur un bateau, plein ouest, direction l’Amérique.

Les O’Leary, comme beaucoup d’Irlandais, arrivent à Chicago et s’installent sur un petit terrain qui leur a été attribué au sud de la ville. Aidé par quelques connaissances irlandaises, Patrick construit une petite maison en bois de trois pièces et une grange attenante dans laquelle le couple installe deux vaches.

Voilà. Le décor est planté. Un couple d’immigrés, pauvres, catholiques de surcroit et réclamant à la ville de Chicago une aide sociale qu’on tarde à leur accorder.

A partir de là, tout est à prendre au conditionnel, car plus rien n’est sûr !

Voici cependant la version de Michael Ahern, journaliste au Chicago Tribune, telle qu’il la publiera le lendemain, 9 octobre 1871.

Ce dimanche 8 octobre, vers vingt-et-une heures, Catherine, alors âgée de quarante-quatre ans, se rend dans l’étable pour traire ses deux vaches. Si la première traite se déroule parfaitement, sans accroc particulier, Cathy se rend vite compte que Deasy, la deuxième vache, est nerveuse et ne se laisse pas traire facilement. Elle doit s’y reprendre à plusieurs fois et tente par des gestes et des mots d’apaiser la bête. Mais rien n’y fait. La traite se passe mal, et, énervée, Deasy donne un coup de pied en arrière. Son sabot heurte la lampe à pétrole de Catherine. La lampe tombe, se casse et enflamme la paille sèche de l’étable. Le bâtiment de bois prend feu instantanément, et le vent qui souffle assez fort ce soir-là propage les flammes aux maisons voisines. En deux heures à peine, tout le quartier est en flammes.

Voilà le point de départ de ce qu’on appelle Le grand incendie de Chicago qui a détruit environ un tiers de la ville, tué trois cent cinquante personnes et mis à la rue environ cent mille habitants privés de domicile. Une grande partie du centre-ville, la mairie, des hôtels, des grands magasins, des imprimeries furent entièrement détruits.

Il faut dire que la ville était entièrement bâtie en bois, comportait des dizaines de kilomètres de trottoirs également en bois, que les maisons se touchaient pour ne pas perdre un mètre carré de terrain et qu’elle n’avait surtout pas été construite en pensant à un éventuel incendie.

Si vous ajoutez à cela le fait qu’il n’avait pas plu depuis environ trois mois et que, par malheur, le vent s’était levé ce 8 octobre, vous avouerez que tous les ingrédients étaient présents pour qu’un petit feu tourne à la catastrophe comme cela a été le cas.

Mais revenons au point de départ du feu : Deasy.

En 1893, Michael Ahern, le journaliste du Chicago Tribune avoua qu’il avait tout inventé, qu’il avait bâti sa théorie à partir de la découverte d’une lampe cassée dans la ferme des O’Leary et qu’il avait écrit cet article pour faire, je cite, « un article haut en couleur ». Deasy et Catherine O’Leary furent donc déclarés innocents. Mais les mythologies urbaines ont la vie dure et dans bien des publications, Deasy reste responsable de la catastrophe de Chicago. La tombe de Catherine, décédée en 1894, a même plusieurs fois été profanée.

S’il a été prouvé de façon certaine que le point de départ de l’incendie était bien l’étable des O’Leary, plusieurs causes possibles ont été avancées.

Pour certains, ce serait Daniel Sullivan qui aurait enflammé du foin en allant voler du lait.

Pour d’autres, ce serait Louis Cohn, colocataire de l’étable, qui aurait déclenché l’incendie en lançant un mégot de cigare lors d’une partie de dés ou de poker avec des amis.

On a même émis l’hypothèse d’une chute de météorites qui auraient spontanément mis le feu à l’étable en tombant sur le sol.

Bref, cent cinquante ans plus tard, on ne connait toujours pas la cause du grand incendie de Chicago.

Mais avouez que faire porter le chapeau à une immigrée catholique sans le sou et socialement dépendante, c’était tentant, et tellement plus facile !

Dieu merci, ce n’est pas maintenant qu’on pourrait avoir des comportements pareils, n’est-ce pas ?


Histoire vraie : Du 8 au 10 octobre 1871, le grand incendie de Chicago ravagea un tiers de la ville de l’Illinois. Le feu détruisit une surface de 6 kilomètres (4 miles) par 1 kilomètre (3/4 miles), soit environ 9 km2. Cet espace comprenait plus de 120 kilomètres de route, 190 kilomètres de trottoirs, 2 000 lampadaires, 17 500 bâtiments et 222 millions de dollars en valeur foncière soit un tiers de la valeur totale de la ville.

Mais cet incendie fut l’occasion, pour les Américains, de repenser la construction des villes. Chicago fut rapidement reconstruite, mais, cette fois, en tenant compte de la possibilité d’un départ de feu. Les matériaux furent repensés, les distances entre les bâtiments revues et même la disposition des rues les unes par rapport aux autres fut étudiée pour éviter que se renouvelle pareille catastrophe.


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