2 Octobre 1951 -Eteins la lumière rouge

 

Audrey avait fait appeler son mari au travail. Et cela n’avait pas été chose facile. Ouvrier au chantier naval Swam Hunter de Wallsend, Ernest Summer travaillait assez loin de chez lui. La jeune femme avait dû demander à une voisine d’aller chercher le futur papa et de le ramener le plus vite possible.

Audrey avait à peine vingt ans, Ernest venait d’en avoir vingt-trois et ils attendaient leur premier enfant.

Trempé de sueur, le jeune homme balança son vélo sur le muret de briques et grimpa quatre à quatre les dix-sept marches de l’escalier de bois. Il souffla une vingtaine de secondes avant d’ouvrir la porte, histoire de se calmer un peu. Inutile d’affoler plus que ça la parturiente. Enfin, une fois le rythme cardiaque redescendu à un niveau acceptable, il ouvrit doucement la porte et se dirigea vers la chambre.

La tête relevée par deux oreillers, Audrey gémissait faiblement. Elle semblait calme, mais son visage reflétait une tension extrême. Elle était à l’affût des contractions.

Elle sourit en voyant Ernest entrer dans la petite pièce. La voisine quitta la chambre et partit dans la cuisine préparer du thé.

« Ah, tu es là, je suis si contente que tu aies pu te libérer !

— J’ai fait le plus vite possible Audrey chérie, répondit le jeune homme.

— Je crois vraiment que c’est pour aujourd’hui, Ernest. Les contractions sont de plus en plus rapprochées. Tout à l’heure c’était pire. Les choses se sont un peu calmées depuis une demi-heure environ.

Sur son lit, Audrey comptait les minutes qui séparaient les contractions.

Le couple resta ainsi une petite heure, tous les deux à l’écoute de ce bébé qui allait arriver.

— Tiens le coup encore un peu, répondit Ernest. Je descends chez Suzie et j’essaie d’appeler l’hôpital de Newcastle pour savoir si le docteur Dorey est arrivé.

La nuit tombait sur la petite ville.

De retour de chez la cousine d’Audrey (la seule de la famille qui avait le téléphone et habitait trois rues plus bas), Ernest alluma le plafonnier de la chambre gagnée par l’obscurité naissante. L’ampoule rouge qu’ils avaient installée au plafond diffusa une lumière étrange dans la pièce.

Audrey cligna des yeux.

— Tu n’as pas besoin d’allumer la lumière rouge, dit-elle à son mari.

Mais maintenant, la nuit était complète et sans cette ampoule, la pièce aurait sombré dans le noir presque complet. Ernest fit celui qui n’avait pas entendu et parla à sa femme.

— On va y aller, l’ambulance va venir te chercher, juste le temps qu’ils viennent de Newcastle, ça ne va pas tarder.

Audrey esquissa un petit sourire.

— Je suis prête, dit-elle, mais s’il te plait, éteins la lumière rouge.

Encore une fois, Ernest fit celui qui n’avait rien entendu.

— On est bien d’accord, reprit-il, si c’est un garçon on l’appellera…

— Gordon, oui, je me souviens, répondit la jeune femme, on l’a répété cent fois.

— C’est ça. Gordon Mathew Thomas, pour rendre hommage à nos deux pères.

— Et il sera policier, sourit Audrey, comme on l’a dit aussi. Il sera même chef de la police.

Une nouvelle contraction lui vrilla le ventre.

— Ernest, la lumière s’il te plait. Il est inutile d’avoir cette lumière rouge.

— Et si c’est une fille, tu te souviens ? demanda le jeune futur papa qui décidément ne voulait rien entendre.

— Evidemment que je me souviens, évidemment ! Ernest, la lumière rouge s’il te plait, fais-moi plaisir, éteins-la.

— J’éteins, là…voilà, te voilà rassurée.

Le noir se fit dans la chambre. Un froid noir de début octobre dans le nord de l’Angleterre.

— Merci Ernest. Si c’est une fille, on l’appellera Roxanne. »


 

HISTOIRE VRAIE, mais réécrite à ma sauce ! Le 2 octobre 1951, naissance près de Newcastle de Gordon Matthew Thomas Sumner, dit Sting. Il deviendra le chef emblématique du groupe de Rock « The Police ».

La chanson la plus connue de police est « Roxanne ».

Le refrain dit :« Roxanne, you don’t have to put on the red light ! » (Roxanne, tu n’as pas besoin d’allumer la lumière rouge)


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