5 Mai 1987 – Vacances adolescentes

 

Lorsque Michel est arrivé chez nous, en Bretagne, Il venait d’avoir dix-huit ans. Il avait de longs cheveux raides qui lui tombaient jusqu’aux épaules, comme c’était la mode au début des années 80. Mes parents l’aimaient beaucoup. Maman trouvait qu’il était beau comme un enfant. Papa disait qu’il était fort comme un homme. Chacun son point de vue.

Il est arrivé au milieu du mois de juillet. C’était l’été évidemment. Les vacances étaient bien entamées déjà, et j’ai compté en le voyant le nombre de jours de vacances qui nous séparaient encore de la rentrée. Mes nuits d’été étaient douces et chaudes. Bien plus agréables que mes nuits d’automne.

Ce midi-là, je sortais de la douche. Je me suis essuyé énergiquement avec la grande serviette rose et bleue, j’ai mis de l’ordre à mes cheveux, je me suis habillé en vitesse. Il était midi passé, j’avais faim. Je crois que Michel aussi. Maman était encore dans sa chambre. Je l’entendais chantonner. Je lui ai demandé si le repas était prêt. « Presque, m’a-t-elle répondu, je finis de me maquiller, je mets un peu plus de noir sur mes yeux, un peu de rouge à lèvres et je descends. » Lorsque je suis arrivé en bas, Michel était assis dans le canapé. « Bouge ton cul, gros, lui ai-je crié, on va mettre le vercou ! » Ca l’a fait rire. Il s’est levé d’un bond. Quand il s’est approché de moi en faisant des grimaces, j’aurais donné n’importe quoi pour être ailleurs que chez mes parents. Il faut garder un minimum de sérieux ici. Papa est un homme plutôt sérieux, et maman, d’un naturel plus évaporé à dû faire des efforts pour le séduire.

Il venait d’avoir dix-huit ans et moi, j’étais un peu plus vieux que lui. Moi, je suis de janvier. Au lycée, il me traitait de vieux schnock et se fichait de moi. « Mais moi, lui rétorquai-je dans le courant de mois de juin, je suis allé voter à la présidentielle pour élire Mitterrand ». C’était le plus bel argument que je pouvais trouver pour justifier mes six mois de plus que lui. Heureux d’avoir élu ce nouveau président, et fier de sa victoire !

Une fois le repas de midi avalé, nous avons décidé de partir à la plage. Sur le chemin, nous avons discuté d’un peu de tout. Il ne m’a pas parlé politique, ce n’était pas son truc. On s’est raconté des blagues et moi, je lui ai parlé d’amour. De l’amour que je porte à Marylène depuis trois mois déjà. Marylène, c’est une de ses amies proches. Je l’ai connue à une soirée chez lui, quand nous avons fêté notre bac. Il pensait que nous étions juste amis. Quand je lui ai dévoilé les mots d’amour qu’elle m’envoyait, il s’est moqué de moi. Ils sont pourtant si beaux ! Il m’a dit qu’il trouvait ça un peu ridicule et dérisoire. J’avoue qu’en j’en ai été un peu vexé. La fin du trajet vers la plage s’est faite dans le silence. J’ai tendance à être un peu susceptible. A peine arrivés sur place, il a brisé le silence. Il m’a dit : « J’ai envie de me baigner tout de suite. Et toi ? » J’ai dit oui, j’aime pas quand on se fait le gueule, c’est un bon copain. Une fois dans l’eau, il a pris une grosse poignée d’algues et se les ai mises devant le sexe. Il avait vu au cinéma Michel Blanc faire ça. Dans les Bronzés, je crois. Un film qui m’a bien fait marrer. Beaucoup plus que le Blé en herbe d’Autant Lara que nous avons vus à la cinémathèque avec Marylène qui adore les vieux films. Puis il a plongé au creux d’une vague et est remonté en riant aux éclats.

Il est resté presque un mois. Ce sont des souvenirs inoubliables. Des grasses matinées, jusqu’à midi au lit. Nous nous levions à pas d’heure et partions pour la plage avec juste de quoi nous faire un pique nique improvisé. Une tranche de jambon pour deux, une pomme. Pendant ces vacances, j’ai découvert ce qu’était l’amitié, la vraie, sincère. J’étais émerveillé par tant de sincérité amicale.

Un mois de vacances en Bretagne sous un soleil radieux et un ciel superbe.

 


Mettez bout à bout les morceaux de phrases en gras et vous obtiendrez les deux premiers couplets de Il venait d’avoir dix-huit ans.

Dalida est morte le 3 Mai 1987.


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