7 Juin 1962 – Joséphine, Roger et leurs enfants

Joséphine Meunier travaille dans un bureau de la Tour Montparnasse dans le centre de Paris. Elle n’a pas un boulot passionnant. Elle est secrétaire, même pas de direction. Secrétaire tout court. Toute la journée, elle tape à la machine des rapports, des comptes, des notes prises à la va-vite sur un carnet à spirales. Quand elle ne tape pas à la machine, elle répond au téléphone pour donner des renseignements, quasiment les mêmes pendant huit heures. Des centaines de personnes qui appellent, tous les jours. Parfois, elle a à peine reposé le combiné que le téléphone sonne à nouveau. Un boulot pas très marrant, pas très motivant. Alors, bien souvent, elle regarde fixement sa Kelton, celle que ses parents lui ont offerte pour Noël dernier et elle attend que ça finisse, que sa journée se termine enfin !

Lorsqu’elle peut prendre deux minutes pour aller se repoudrer aux toilettes, elle s’arrête avec plaisir devant le miroir. L’image que la glace lui renvoie lui plaît plutôt. Surtout sa poitrine. Deux beaux obus qui font gonfler son chemisier. Il faut dire que les soutiens-gorge à armatures les mettent bien en valeur aussi. Et elle se dit qu’avec une belle poitrine comme ça, elle pourrait parfaitement poser pour des magazines, comme l’actrice de Grease, avec Travolta. Comment elle s’appelle déjà ? Olivia Newton-John, voilà….

Quand enfin elle sort du bureau, surtout le vendredi soir, elle passe chez sa cousine Berthe qui habite à six stations de métro de son boulot. Elles cassent la croûte sur le pouce, sur un coin de table comme on dit, passent par la salle de bains pour se redonner un petit coup de frais, et ensemble elles courent au Club à Gogo

Pour aller danser le Jerk sur de la musique pop. Sous les éclairs des stroboscopes, Elles dansent le jerk.

Jusqu’au petit matin.

 

Roger Martin est ouvrier métallurgiste, comme l’étaient son père et son grand-père. Toute la journée, il bosse sur une fraiseuse, fabrique des pièces pour les boîtes de vitesse de Renault. Une usine sous-traitante en quelque sorte. Et ça pue dans son usine. Parfois, ça sent l’oxyde de carbone, la graisse chaude ou d’autres odeurs propres au métal. Ses fringues puent aussi. Le midi, il prend une demi-heure pour manger à la cantine. Oh, rien de bien délicieux. La plupart du temps, ce sont des plats à faible coût qui remplissent bien les estomacs des ouvriers. Du poulet aux hormones avec des pâtes ou des saucisses avec de la purée ou des pommes de terre à l’eau. Un laitage, un fruit, un café et retour au boulot.

Roger est syndiqué à la CGT. Il admire beaucoup Lénine. Un homme qui a beaucoup fait pour le petit peuple, ce n’est pas pour rien qu’il était surnommé « le Petit père du peuple », aime-t-il répéter souvent. Tout le monde sait que c’était Staline, mais personne ne lui dit rien ! Côté musique, Roger est un fan inconditionnel des Beatles. Comme tout le monde, il a aussi écouté les Stones, mais rien à faire, c’est les Beatles qu’il préfère. Surtout John Lennon, le guitariste et compositeur. Il lui trouve beaucoup de talent. D’ailleurs Roger est lui-même musicien. Oh, à son petit niveau. Non, pas de la guitare comme son idole. Il joue du trombone le dimanche à la fanfare de l’usine.

Et le vendredi soir, après le boulot, il prend une douche (il y en a une dans les vestiaires), il file à toute allure direction la place Massena, et là, il chope le bus de 18h17 et il arrive avant sept heures au Club à Gogo

Pour aller danser le Jerk sur de la musique pop. Sous les éclairs des stroboscopes, Il danse le jerk.

Jusqu’au petit matin.

 

Et ce qui devait arriver arriva. Un soir, au milieu de la piste de danse, sous les lumières des stroboscopes, Roger rencontra Joséphine. Tout de suite, il remarqua ses yeux bien maquillés, son déhanchement en dansant le jerk, son sens du rythme, et … son chemisier gonflé.

Elle, elle fut attirée par les beaux yeux verts du jeune homme et son sourire à faire tomber… Entre deux morceaux de musique, au moment où le son n’était pas trop fort, Roger s’approcha de Joséphine et lui dit : « Ce que vous êtes mignonne, vous ressemblez un peu à Denise Fabre, vous voyez qui je veux dire ? »

Au moment de la fermeture du Club à Gogo, vers quatre heures du mat, Roger et Joséphine n’arrivaient pas à se séparer. Berthe était fatiguée, elle était déjà partie depuis un moment. Alors Roger, ce grand timide, se lança à l’eau et proposa à Joséphine de venir dormir chez lui. En tout bien tout honneur évidemment, ajouta-t-il. « Si vous voulez, je vous jouerai du trombone, vous verrez comme c’est agréable ! »

Et par un beau matin d’hiver, en plein mois de janvier, Joséphine et Roger se marièrent à la mairie de Bobigny. Berthe était la témoin de Joséphine et Christophe, le clarinettiste de la fanfare de l’usine celui de Roger. Ce fut une belle soirée, une belle fête qui dura toute la nuit. La musique était évidemment archi présente. Et savez-vous ce que firent tous les invités, les jeunes comme les moins jeunes ?

Comme au Club à Gogo

Ils dansèrent le Jerk sur de la musique pop. Sous les éclairs des stroboscopes, ils dansèrent le jerk.

Jusqu’au petit matin.

 

Et cette histoire se termine bien, comme tous les contes de fées.

Joséphine et Roger furent heureux et eurent beaucoup d’enfants : Quatre pour être précis. Non, pas en plusieurs fois… En une seule fois ! Des quadruplés. Et quatre gars !

Et ils les prénommèrent Gustave, Alphonse, Arthur et Philibert.

Et Roger et Joséphine n’eurent qu’une idée en tête. Une fois les devoirs des garçons terminés, ils leur apprirent le…. Ils leur apprirent le…. Ils leur apprirent le…..

J-J-J-J-Jerk sur de la musique pop

Et maintenant que les garçons ont grandi, tous ensemble, quand vient le vendredi soir, ils prennent le bus de 18h17

Pour aller danser le jerk sur de la musique pop. Sous les éclairs des stroboscopes, ils dansent le jerk.

Jusqu’au petit matin.

Toute la nuit, comme à Woodstock,

Ils dansent le jerk.


Je ne sais pas comment vous avez lu ce texte, mais moi, je l’ai écrit avec la musique dans la tête, car vous l’avez deviné, je vous ai raconté la chanson « Le jerk », sortie en 1990. Son auteur interprète, Thierry Hazard (Thierry Gesteau de son vrai nom) est né le 7 juin 1962 à Compiègne.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *