17 Juin 653 – Pauvre Martin, pauvre misère

Ça n’a pas toujours été la joie d’être pape. Alors c’est vrai que maintenant, ils se baladent en avion, en papamobile, sont considérés comme des chefs d’Etat, ont tout un aréopage de cardinaux, d’évêques qui s’occupent d’eux et sont aux petits soins, mais ça n’a pas toujours été comme ça.

Prenez Benoit  VI par exemple… Nommé pape en 972, arrêté et emprisonné en 973 par un autre pape ou du moins un antipape nommé Boniface VII. Il croupit dans une prison pendant dix mois et hop… étranglé en 974. Vous croyez qu’il a réussi sa vie ce type-là ?  Vous croyez que la papauté lui a apporté le bonheur ?

Pas convaincus ?

Un de nos anciens papes, de 891 à 896 s’appelait Formose. Et je peux vous dire que son pontificat n’a pas été rose, même si ça rime bien ! Je préfère ne pas entrer dans les détails. Toujours est-il que le 4 avril 896, il rend son âme à Dieu. Il était alors âgé de quatre-vingts ans, ce qui pour l’époque, était plutôt pas mal. Mais ce n’est pas terminé. Car son successeur, Etienne VI, après avoir été conseillé, plutôt mal d’ailleurs, considère que Formose a été élu pape sans avoir été Evêque de Rome et après avoir été excommunié. Ce qui est extrêmement grave ! Ni une ni deux, il fait sortir Formose de sa tombe, sept mois après sa mort, excusez du peu, il le fait habiller en pape et il l’installe dans un fauteuil devant un synode d’évêques romains. Comme Formose ne veut rien avouer et ne dit rien pour se défendre, le pape Etienne lui attribue un diacre comme avocat qui répondra à sa place. Formose est condamné (mais pas à mort, ça c’est déjà fait !) Il est dépouillé de ses décorations et amputé de l’index, du majeur et de l’annulaire de la main droite, les trois doigts qui servent à bénir. Son élection est invalidée et toutes les décisions prises sous son pontificat sont annulées. Après quoi, le cadavre est livré à la foule qui le jette dans le Tibre. Etienne VI subira d’ailleurs le même sort, ou presque. Après ce jugement étonnant, de grandes émeutes éclatent et cette fois-ci, c’est le pape en activité qui en fait les frais. Etienne est étranglé et jeté dans le fleuve à son tour.

Alors ? Encore une fois, vous ne trouvez pas que ça craint un peu d’être pape au Moyen-Age ?

Le troisième dont je vais vous parler a un peu cherché la cogne, il faut bien l’avouer. Mais ça n’excuse rien ! Il est né en 598 à Todi, en Italie. On n’est pas encore au Moyen-Age, c’est encore l’Antiquité ! Il est élu pape en 649, à à peine cinquante ans, ce qui est jeune pour un pape !! Malheureusement pour lui, il oublie de solliciter la confirmation de son élection à l’Empereur de Constantinople. Mal lui en prend, ce dernier annule donc sa nomination. Mais Martin 1er, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’en fait qu’à sa tête et continue à se prendre pour le pape. Et que je te bénis à droite, et que je te salue à gauche, et que je fais des bulles et que je réunis des synodes ! Et voilà qu’à la fin de 649, notre ami Martin réunit un concile d’évêques dans la Basilique Saint Jean de Latran à Rome. Et en conclusion de ce concile, ce pape un peu kamikaze condamne le monothéisme, et surtout le Typos, édit par lequel l’empereur considère qu’il ne faut même pas parler du monothéisme, que c’est comme ça et puis c’est tout ! Et Martin, non content d’avoir décidé ça tout seul ou avec ses copains évêques, décide d’aller le chanter partout. En Occident, à Rome, en Gaule. Bref, il fait savoir partout que le monothéisme c’est terminé et que le Typos, on peut s’asseoir dessus. En gros quoi…

La nouvelle arrive donc à l’empereur de Byzance qui le prend très mal. Martin 1er est arrêté sans ménagement. Il est accusé de haute trahison et emmené à Ostie. Là, il passe un bon moment en prison, avec les rats et toute la saleté qui va avec, puis on l’embarque pour Constantinople. Pendant la traversée, il est battu, mal traité, et on ne lui prodigue pas le moindre soin. Pas grand-chose à manger, pas moyen de se laver. Il arrive, on le débarque sur une civière parce qu’il ne peut pas marcher et la foule qui l’accueille, certainement achetée, le couvre d’insultes, de crachats, de pierres, et de tout un tas de trucs désagréables. On le recolle dans la prison de Prandaria avec les droits communs : les voleurs, les assassins, les violeurs, les pédophiles, bref, avec la racaille du coin. Ça vous forge un homme ça !!

Son procès a lieu le 20 décembre 653 et ça se passe plutôt mal pour lui. Je vous passe les détails. Toujours est-il qu’il est condamné à mort par écartèlement, chargé de lourdes chaines et ramené en prison. Au passage, il est frappé, ses vêtements sacerdotaux sont déchirés, il est quasiment dénudé. A noter que l’empereur a assisté au procès, caché derrière une colonne pour ne pas qu’on le voie. Tu parles d’un courageux !

Mais il a encore des copains qui font appel de sa condamnation et qui réussissent à faire flancher Constant II le fameux Empereur de Constantinople. La peine de Martin est commuée en exil perpétuel et il est emmené à Chersonèse, dans ce qui est la Crimée actuelle. Et là-bas, il meurt rapidement, encore une fois faute de soins. Entre temps, un nouveau pape est élu. C’est Eugène 1er. (Eh oui, il y a eu un pape appelé Eugène !). Lequel Eugène décide, Dieu sait pourquoi de s’abstenir de donner son avis à propos du monothéisme. Quand on lui a posé la question, il a dit « Joker » !


HISTOIRE VRAIE : Martin 1er, 74ème pape est élu le 5 juillet 649 à la suite de Théodore 1er et meurt le 15 septembre 655. Il a été arrêté pour trahison le 17 juin 653. Il y aura 5 papes portant le nom de Martin.


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