19 Janvier 1924 – Un bon fauteuil

 

Vous verrez bien, Monsieur, il est très confortable,
J’y ai commis des siestes, des sommes mémorables.
Mes confrères avaient beau parler et discuter
Rien ne me réveillait, je m’entendais ronfler.

J’y étais très souvent, j’avais chaud voyez-vous
Ma chambre était si pauvre, je n’avais pas le sou
Alors je me rendais, à pied ou en carrosse
Jusqu’à l’Académie, dormir comme un colosse.

Parfois je m’éveillais, je faisais une pause
Pour écouter parler  Racine ou Toussaint Rose
Mais le son de leurs voix trop douces ou trop perchées
Me renvoyait bien vite dans les bras de Morphée.

J’étais vraiment content de placer mon derrière
Sur le siège qui jadis avait connu Colbert.
En pensant à Fouquet qu’il voulait voir pendu,
Je prenais grand plaisir à lui péter dessus.

Il a connu Capu, Prudhomme et Poincaré
Il a vu des matheux et quatre ou cinq curés
Marivaux a écrit, penché sur l’accoudoir
Des sonnets très légers, de bien jolies histoires.

Voilà je vous le laisse, il est bon, vous verrez
Si le sommeil arrive, laissez-vous donc aller
Au lieu de vous trouver au-dehors à vous battre
Vous vous sentirez mieux sur le fauteuil vingt-quatre.

Adieu Monsieur Revel, tout là-haut on s’inquiète,
Je retourne au Parnasse où dorment les poètes,
Je sais qu’à cet endroit, quel bonheur, quelle aubaine,
On a gardé un lit au bon vieux La Fontaine.


HISTOIRE VRAIE – Jean-François Revel, journaliste, écrivain et philosophe, est né le 19 janvier 1924 à Paris. Le 19 juin 1997, il est élu à l’Académie Française, au fauteuil numéro 24, celui-là même qu’occupait, de 1684 à 1695,  mon cher bon Jean de La Fontaine. Max Gallo lui a succédé  en 2006. C’est François Sureau qui occupe actuellement ce fauteuil laissé vide par Max Gallo, décédé le 18 juillet 2017.


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